Let’s hit the road buddy !

01 fév 2011

Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.

« Hey, what’s going on buddy ?! » Ce genre de salut, ça fait toujours drôle lorsque ça vient d’une douanière sexagénaire. Mais après une journée de « buddy », « guy », « mates » à toutes les sauces, du flic à la caissière, on s’y fait et on en redemande. Bienvenue en Australie.

Arrivé à Darwin après plus de quatre mois d’Asie, je retrouve brutalement tout l’occident. Un gros marron commercial. Et, quitte à se réacclimater violemment, autant passer quelque heures sous les néons d’un bon gros supermarché. Le moins qu’on puisse dire c’est, qu’au pays, j’aime pas des masses m’y attarder. Mais là, redécouvrir un rayon boucherie est orgasmique. Je décide de banir pour quelques temps le riz de mon régime alimentaire, tout en faisant une malheureuse croix sur les bons petits gueuletons des ruelles à un dollar. Parce qu’on s’en rend compte de suite : l’Australie est horriblement chère. C’est sûr, les salaires sont conséquents. Mais pas besoin d’être docteur en astrophysique pour deviner que les deux uniques supermarchés que l’on rencontre sur place profitent de leur monopole pour s’entendre sur les prix. Du coup, pour le porte-monnaie du voyageur qui ne prévoit pas de travailler, ça pique sec. Prenons deux exemples on ne peut plus concrets : un paquet de tabac à rouler ne descend pas en dessous de 25 euros tandis que la bière, en pack de 30 et d’une qualité anglo-saxonne plus que douteuse, ne se trouve pas en dessous de 40 euros. Bon, on survivra quand même : plus de sport donc moins de clopes et pas de frigo donc moins de bières.

Je passerai une petite semaine à Darwin, mon port d’entrée. Le temps de me poser plus de cinq jour et d’ainsi exploser mon record de sédentarisation, tout en redécouvrant la cuisine et la pêche avec mes colloc de chambrée, sans oublier de souffler mes 24 bougies autour d’un barbecue-piscine. Le tout avec des températures journalières frôlant les 40 °C. Et aussi d’organiser le voyage qui, sur un aussi vaste territoire, ne s’annonce pas simple. Heureusement, j’aurais l’incroyable chance de rencontrer Tor. Ce norvégien de 36 ans vagabonde autour du monde depuis un an et demi, avec un itinéraire semblable au mien. Et, depuis peu, il est l’heureux possesseur d’un camping-car 4×4 fin prêt à affronter le bush. On décide de partir tous les deux sur la côte ouest, direction Perth par les petites routes, en comptant un bon mois. Au final, ce n’est qu’à Melbourne que nous nous séparerons, après avoir ajouté 13 000 km au compteur de notre Toyota landcruiser, alias « troopsta » (car utilisé pour le transport des militaires australiens) qui en comptait déjà un peu plus de 300 000.

L’objectif est simple : prendre la route, s’arrêter où et quand on veut, manger, pêcher, se baigner, balader… En résumé, profiter de tout ce que la nature australienne peut nous offrir. En essayant d’éviter toutes les bestioles qui peuvent vous buter. Bon, l’objectif nature, on le remplira qu’à moitié sur les routes du nord. Enchaîner les parcs nationaux en partie inondés et camper à la belle hors des sentiers battus, ça va. Mais côté baignade, accessoirement seule source de douche, bin on va dire qu’on n’aura pas trop usé de savon. Parce que c’est la saison humide et que les crocos de mer se baladent dans les rivières (déjà pourtant bien fournies en crocos d’eau douce). En tant normal, ce genre de vilaine bestiole bouffe n’importe quoi (on a retrouvé des pièces de moteurs dans certains estomacs), mais là, en période de ponte, paraît qu’ils sont encore plus vilains. Reste donc à éviter de jouer les crocodile dundee de la pêche et à faire une croix sur les baignades. Alors, la mer peut-être ? Loupé. Côté eau salé, la vilaine bestiole qui peut vous refroidir « dans les cinq minutes et dans d’atroces souffrances » nous a-t’on garantit, c’est le « box gellyfish », une méduse qui ne veut pas spécialement être méchante, mais qui se balade en laissant traîner ses longues et mortelles tentacules jusqu’à dix mètres derrière elle. Sympa.

Là-dessus, l’autochtone australien qu’a peur de rien (le « redneck » de l’ouest tout particulièrement), vit en parfaite harmonie avec son aimable nature : un jour où nous péchions suffisamment éloignés des berges, voilà qu’on aperçoit un gros reptile qui fait trempette. On plit la canne et, consciencieux, on se dirige vers le campement que l’on avait croisé 500 mètres plus bas, le long du ruisseau, histoire de conseiller aux proprios de compter leurs enfants à la fin de la journée. Sur place, notre alerte donnée, on nous répond avec un grand sourire que nos deux « petits » mètres de crocos aperçus n’ont rien d’inquiétant, qu’au « pire » ils peuvent vous amputer d’un membre et que si on avait vu un croco d’eau de mer (qui lui peut avoisiner les 5 mètres), bin on ne serait pas là pour en témoigner. Font moins les malins les gringos.

Bon, on va peut-être aller se balader dans le désert. On fait le plein d’eau, enclenche les quatre roues motrices et c’est parti pour 300 bornes de gravats et de poussière rouge qui nous séparent de Wolfe creek, le second plus grand cratère de météorite de la planète. A la fois fantastique et inquiétant. Nous y passerons deux jours, le temps d’observer pour la première fois la voie lactée et la célèbre Southern cross australienne. Et de rencontrer le pire nuisible de l’île. Les mouches. Certains diront que ça vaut mieux que les moustiques, surtout qu’ils peuvent encore vous refiler la dengue(et moi qui me croyais débarrassé du palu et de ses potes). Je préfère définitivement être couvert de piqures. Les mouches, elles, ces quelques millimètres d’étrons ailés, ne vous laissent pas une minute de répit. Et se bousculent pour s’agglutiner par centaine sur vous, des heures durant, jusqu’à la tombée de la nuit. Avec un goût prononcé pour votre visage, le moindre orifice découvert ou toute plaie laissée à l’air libre. A en devenir fou.

Histoire de confirmer notre amour du désert et quitte à prendre un choc thermique, on décide d’aller fêter un atypique noël dans le parc national Karijini. Malgré nos précautions, notre glacière remplie de chocolat, de viande et de dix bons kilos de glaçons ne résistera pas : au menu du réveillon, soupe d’entrecôte sauce chocolat à la menthe. Notre trouvaille aurait sans nul doute pu figurer dans les meilleurs plats d’une cuisine haut de gamme anglo-saxonne, mais pour deux estomacs habitués aux pâtes/riz au thon depuis des semaines, voir partir un aussi bon gueuleton est un coup bas. Pas grave, on en laissera qu’une miette aux dingos venus rôder et ça nous empêchera pas de trinquer sous les étoiles habillés que de shorts, suant à grosses gouttes et évoquant les mètres de neige des noëls scandinaves. Le lendemain, usés par la chaleur, on décide de reprendre la route direction la côte pour une brise maritime salvatrice. L’erreur. A peine parcouru 30 km que, tous deux, sans bouger et suant comme jamais, des nausées et la tête qui tourne, on commence à se demander si notre trouvaille culinaire de la veille n’était pas un peu trop téméraire. Vitres ouvertes, sans clim, on se rend vite compte que ce n’est pas le « festin », mais l’incroyable chaleur extérieure qui nous use. Le vent qui s’engouffre dans la voiture fait l’effet d’un sèche-cheveux collé à quelques centimètres des tempes. On ferme les fenêtres, serre les dents, et on est bien heureux de trouver une station service 300 km plus loin, au milieu de rien, pour nous ravitailler en eau. Le gérant, qui se liquéfie autant que nous, nous conseille de mater le thermomètre installé à l’ombre, près d’une pompe d’essence. Il affiche 53°C.

Sales et heureux

Des jours sans la moindre toilette, couverts de poussière rouge, suant des litres d’eau qui se fait si rare, une roulée dans la gueule et AC/DC plein les oreilles pour dépasser le bruit du moteur et des suspensions qui claquent, c’est reparti pour des heures au volant de notre maison tout-terrain. Les routes s’enchaînent au fil des jours : beaucoup de poussière, de bitume arraché par les inondations que nous éviterons de peu, à travers les dunes de sables, les plages, les chemins tour à tour inondés de boue de sable rouge, de caillasse… Camper au beau milieu du désert, sur une plage ou dans le bush, sans toile ou moustiquaire pour mieux se laisser inonder par une nuée de points lumineux qui vous entourent, vous bercent, vous submergent. Des couchers de soleil flamboyants, brulant le ciel au fil des minutes de différentes couleurs. Quelques verres de vin australien dans le museau, deux chaises sur le sommet d’une dune ou assis sur le capot du 4×4 encore brûlant du soleil du désert. Dans cette immensité aussi fascinante qu’inquiétante, pénétrante et insaisissable, cette pure nature qui vous prend, vous arrache vos repères et vous relâche, béat et rêveur. Après quelques jours sans croiser la moindre trace humaine, on s’imagine vite explorateur d’un monde inconnu, foulant pour la première fois une terre vierge.

Et c’est sans compter cette faune ou cette flore qui vous font perdre tous vos repères, bien qu’habitué à vadrouiller dans la nature. Après seulement quelques semaines de camping, déjà d’incroyables rencontres : ces deux aigles qui semblent défier la voiture sur une trentaine de mètres, ces innombrables kangourous et wallabies qui décampent et se figent quelques mètres plus loin pour vous dévisager, ce « petit » python que l’on prend pour une branche à la tombée de la nuit alors que l’on cherche du bois pour alimenter le feu, ce brown snake mortel qui glisse sur la rivière que vous regardez allongé au soleil pour vous sécher après une bonne baignade, ce lézard rouge (ringtail) qui semble vous laisser tout le temps nécessaire pour une bonne photo, ces grosses araignées noires de la taille de votre poing, absolument inoffensives, qui attendent votre passage et tout particulièrement la trainée de mouche qui vous suit, ou encore les redbacks, ces deux petites araignée mortelles, que vous découvrez sous votre trône, après avoir profité 10 bonnes minutes des uniques toilettes publiques du désert.

Et puis il y a ces paysages, cette flore aussi riche et émerveillante que la faune qui l’habite. C’est sûr, lorsqu’on parcourt des milliers de kilomètres on peut dire qu’au final la nature ne change pas si vite que ça. En particulier lorsque vous avalez 500 km non stop de ligne droite dans un désert de poussière. Reste qu’en une poignée de miles, il ne suffit que d’un cap ou d’une colline pour que le désert s’estompe devant des forêts de boa trees, ces « arbres-carottes » que l’on dirait tout droit sortis d’un film de Tim Burton ; ou que les prairies verdoyantes du sud-ouest soient avalées d’un coup par les forêts de hauts eucalyptus, avant de retourner dans le désert et la caillasse, longeant des plages de sable blanc qui se jette dans des eaux translucides, aussi bien turquoise qu’azur.

Nous n’aurons malheureusement que de très rares rapports avec les aborigènes. Heureusement que quelques familles isolées étaient là pour effacer la première impression : les uniques aborigènes croisés dans les rues de Darwin, saoûls, mendiant tout ce qui peut se fumer ou se boire. L’Australie a voulu se laver les mains, se donner bonne conscience. Trop tard ? inadapté ? Le système choisi est inefficace. En guise de « pardon », des terres ont été rendues (lorsqu’elles ne comptent pas de riches gisements miniers, bien entendu) tandis qu’une allocation mensuelle encrasse les aborigènes dans le non-emploi, que beaucoup occupent par une à deux semaines de beuveries dans la ville la plus proche, l’alcool étant interdit dans ce que le gouvernement à nommé « réserves ». Des « communautés » que nous n’aurons pas l’intention de visiter, par principe, parce qu’il faut payer un droit de passage, un prix journalier et qu’il semble que les seuls rapports possibles se passent avec u arrière-goût de « zoo humain » et de spectacles « traditionnels » pour toutous. Alors on déguste les rares rencontres, discussions, avec quelques familles, sur la route. On se gorge de conseils, d’histoires. On se félicite de partager quelques miettes éphémères avec ceux qui n’ont pas totalement rejetés l’homme blanc.

Wurst

Arrivé à Perth avec une épaisse croute de sable rouge/sueur accumulée sur 7000 km de détours le long de la côte, depuis Darwin, on rencontre deux sympathiques Allemands. Eux aussi disposent d’un 4×4, empruntent les routes à peine dessinée sur les cartes et pourront revendre leur savon un bon prix à la fin de l’Australie. C’est décidé, à deux voitures, ça sera plus sûr pour faire mumuse dans la campagne. Faut dire que, perdu trois jours dans le désert auparavant, on a réalisé qu’il serait assez con de s’ensabler à quelques centaines de kilomètres de la première zone habitée. La bonne nouvelle, c’est que nos teutons, Jan et Marc, sont incroyablement sympathiques. A bord du Panzer wagen (leur 4×4 que je me suis empressé de rebaptiser) ils écumeront avec nous les vignobles de Margaret River, les forêts de Pimberton et les routes cabossées d’Espérance. Un nouveau mois de vadrouille, dans une nature toujours aussi fabuleuse. Cette fois-ci, sans trop de vilaines bestioles aquatiques, la baignade est autorisée. Une super nouvelle pour notre hygiène. On se jette à l’eau (salée) plusieurs fois par jour, aussi souvent que possible avec masque/palme/tuba, pour observer de longues heures les bancs de poissons exotiques multicolores, tortues, coraux… voire même quelques requins et une raie manta démesurée. Un autre jour, alors qu’on fait trempette le long d’une plage sur laquelle on roule depuis plusieurs heures, tentant de trouver une route vers les terres avant d’être avalé par la marée haute, voilà qu’une grosse tâche sombre se dirige vers nous et nous frôle tandis que, pétrifiés, on reste tous les quatre plantés dans l’eau. On s’entend sur une grosse raie.

Et la route reprend. Les journées calées sur le rythme du soleil : réveillés aux premières heures de l’aube par la chaleur et couchés, épuisés, alors que la lune commence à grimper dans le ciel. On pari sur le passage d’une dune, teste la profondeur d’une rivière ou attend la marée basse pour traverser une portion de plage. Jusqu’à Espérance, où nos routes se séparent. La team wurst et son Panzer wagen part vers le Nord tandis que Tor et moi poursuivons sur Melbourne. L’une de nos rares routes goudronnées… où l’on commence à perdre de l’huile d’une manière inquiétante. Deux jours bloqués dans un village avant d’avoir un avis. Il faut changer une pièce du moteur. Les frais mettent un bon coup de hache dans le budget mais l’on s’estime vraiment chanceux que ce ne soit pas arrivé deux jours plus tôt, lorsque dans les (vastes) environs d’Espérance, nous étions à 200 km en chemins cabossés du premier hameau. Derniers instants de splendeur sur la Great ocean road et nous gagnons enfin Melbourne, point final pour l’aventure vikingo-aveyronnaise. Celle australienne en tout cas, étant donné que l’on a décidé de reformer l’équipe pour un peu plus d’un mois en Nouvelle-Zélande. Tor part pour la Tasmanie tandis que, sur place, je plante la tente dans la sympathique colloc de James, avec qui j’avais vadrouillé au Laos. Un plaisir de le revoir, découvrir la ville la plus palpitante d’Australie et les fêtes aussies (que l’on débute à 13 heures…). Avant une poignée de jour dans la belle Sydney, ses plages et îles, et le vol pour le pays des kiwis, destination la plus éloignée du périple. La Nouvelle-Zélande.

>>> Les photos d’Australie.

4 commentaires

  1. TOR

    Splendid!!! Let the good times roll forever and ever!

    Posté le 13 mai 2011 à 12 h 24 min | #
  2. boyou

    Magnifiques images, belles métaphores. J’aime beaucoup l’anectode du croco d’eau douce et de mer :-) Toujours un plaisir de te lire mon Pierro. J’attends la NZ avec impatience. Il faudrait juste un peu plus de photos de toi parfois… Gros bisous
    n.

    Posté le 21 mai 2011 à 16 h 30 min | #
  3. André

    Salut toi!!

    Un moment que je lis tes aventures sans laisser un petit mot. Ton périple à Kangourou land m’a paru fort riche, tes photos sont superbes et je rejoins le précédent commentaire on aimerait avoir des photos de toi un peu même si je crois que le titre de GROS ne peut plus t’être donné pour ta corpulence. Prend soin de toi comme toujours, nos retrouvailles sont proches.

    André.

    Posté le 23 mai 2011 à 9 h 30 min | #
  4. juliette

    C’est beau que tu saches nous faire partager un peu de tout ce que tu vis! Merci, fais toi encore et toujours plais’…

    Posté le 9 août 2011 à 14 h 58 min | #

Publier un commentaire

*
*