Terima Kasih

01 déc 2010

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Dans le bus qui me trimballe vers le centre ville de Jakarta, je sens déjà que la ville va me plaire. Immense, surpeuplée, sale et incroyablement bordélique. Vivante. Un nouveau souffle après la bride de Singapour, où j’ai quitté Sarah et Manuella qui reprenaient leur route vers la Thaïlande.

A peine descendu du bus que je découvre déjà l’incroyable gentillesse et générosité indonésienne. Un couple m’offre le taxi jusqu’à la rue des auberges que je comptais atteindre à pattes, à seulement deux petits kilomètres de là. Elle travaille pour les Nations Unies, lui est militaire. Tous deux évoquent, angoissés, les éruptions qui déchirent le Mérapi, bien plus à l’Est, au centre de Java. Ils craignent et présagent un embrasement de la chaîne des volcans. Quelque semaines plus tard leurs inquiétudes se concrétiseront avec le Mont Bromo.

Je ne comptais rester que deux jours dans l’immense capitale indonésienne, j’en passerai finalement quatre. Je ne le regretterai pas. Entre le port bien oublié des brochures touristiques où les marins m’accueillent chaleureusement, fiers de leur labeur, le musée de marionnettes et ses sublimes collections et surtout les festivités musulmanes. Le troisième jour, lorsque je quitte l’échoppe où je viens d’ingurgiter ma dose de riz matinale, on découpe une vache, sur le bitume, au milieu de la rue. Quelques mètres plus loin, trois gamins dépècent méticuleusement une chèvre tandis que le père ou l’oncle, à côté, s’apprête à en égorger une nouvelle. J’apprends qu’il ne s’agit pas de la foire aux bestiaux locale, mais de l’Aïd al-Adha, grande fête musulmane qui commémore « le sacrifice du fils d’Abraham ». Et qui se prolongera jusque tard dans la nuit. Je décide de décaler mon billet de train d’un jour et pars en direction de la gare… Je prendrais peut-être deux kilos jusqu’à l’office, arrêté tous les 500 mètres par une famille, des voisins, m’offrant de la viande grillée épicée de grands sourires. La nuit, la grande mosquée visitée dans la journée avec Tarkan, un turc rencontré la veille, poursuivra les sacrifices et festivités. Tandis que, partout, dans la ville, résonnent les chants plaintifs des prières de chaque mosquée de quartier. L’imposant monument est un véritable lieu de vie comme beaucoup de monuments religieux devraient l’être. Oubliez la froideur ou l’austérité de beaucoup d’églises chrétiennes, comme le calme et la méditation des temples bouddhistes. Ici, le lieu vie pleinement. Certains font la sieste vautrés contre les hauts pylônes blancs qui mènent à la principale salle de prières. D’autres préfèrent le confort des tapis de la salle principale pour piquer un somme, alors que des enfants jouent en courant, sous le regard de parents tranquillement posés. Le soir, autour de l’édifice, des centaines de bovins et chèvres offerts par les hauts dirigeants et grandes fortunes du pays seront saignés. Au petit matin, la viande sera partagée entre les estomacs les plus pauvres.

De mon côté, repus de sang, de viande et interdit de me diriger vers Yogyakarta (d’où je voulais tenter de prendre des photos du Mérapi), je m’embarque pour dix heures de train direction Surabaya, où j’espère pouvoir gagner un autre volcan, le mont Bromo. Dans le train, une fois de plus, on ne peut qu’être admiratif de la générosité et joie de vivre indonésienne. Je suis en classe économique, la moins chère et donc la plus peuplée. Tout le long du trajet, on m’offre de la nourriture, en même temps que de larges sourires, tandis que les groupes de jeunes instrumentistes se relaient avec des instruments que l’on a pas l’habitude de croiser dans des wagons (et encore plus lorsqu’ils sont bondés) : contrebasse, trompette, guitare électrique avec ampli… Un peu plus tôt, à Jakarta, un homme avec qui je n’échangeai que quelques mots de politesse dans un restaurant de rue m’offrait mon repas à la fin du sien, sans même me le signaler.

Après une arrivée très matinale dans l’étouffant urbanisme de Surabaya, le temps d’un petit concert-reveil local et je saute dans un nouveau train pour 5 heures de trajet direction Malang. La ville sépare deux des volcans qui m’intéressent. Quelques heures à vadrouiller sur place à la recherche d’un bus ou taxi qui m’amènerait visiter Bromo… Introuvable. Alors je pars de nouveau sur les rails, pour Probolinggo cette fois-ci, à seulement 15 km du volcan. A mon arrivée, après une rapide recherche, je trouve un chauffeur qui accepte de me larguer, bien avant l’aube, non loin du cratère. Quelques centaines de mètres de grimpette et j’aurais une vue admirable sur le Bromo. Je pourrais le gravir jusqu’à son cratère à la forte odeur de souffre, plus tard, dans la matinée. Sur la route qui mène au sommet, je croise un Indonésien qui grimpe à grandes enjambées, une jeune chèvre dans les bras. Il n’est pas là pour une petite balade, une traite en hauteur, ou un barbecue à l’air frais. Mais pour s’exercer au lancé de poids dans cratère, comme il me l’explique par gestes. L’offrande est sensée apaiser le volcan qui fume de plus en plus depuis quelques jours. Manifestement, ça n’aura pas été super efficace puisque, deux semaines plus tard, à mon arrivée en Australie, la presse internationale évoquera l’éruption du Bromo. Peut-être aurait-il du lancer quelque chose de plus gros… Heureusement qu’il n’a pas pensé à un sacrifice aveyronnais.

Une longue nuit de sommeil plus tard, je compte m’embarquer pour le Kawah Ijen, un autre volcan. Chouchou des français, comme les locaux me le font remarquer. Peut-être parce que le Routard en fait l’éloge ou que Nicolas Hulot l’a propulsé sur la scène médiatique. Dans tous les cas, il faudra l’oublier puisque le sournois fume beaucoup trop depuis quelques jours. Donc plus de volcan… Pas de Sumatra… Allez, il reste le sable et la mer quand même. Et quelles plages !

Je ne fais que traverser Bali, préférant Lombok, la petite île à l’Est qui n’est pas un paradis authentique mais déborde beaucoup moins de touristes que sa célèbre voisine. Je loue une mobylette et entame le tour de l’île. Pour, une fois de plus, prendre en pleine tronche la bonté indonésienne, discutant des heures avec des pêcheurs qui n’hésitent pas à grimper une vingtaine de mètres, au sommet d’un cocotier, pour vous ramener plusieurs noix que vous n’avez même pas demandé… Mais si Lombok m’a attiré, c’est avant tout pour son volcan. Et pas des moindres : le Gunung Rinjani et son sommet à 3726 mètres. Deux jours après mon arrivée à Senggigi, je retrouve Stéphanie et Émilie, mes deux québecoises rencontrées en Malaisie, et les branche sur l’ascension. Avec deux Hollandais, deux Italiens et deux Toulonnais, nous partirons pour trois jours d’efforts physiques comme rarement. Tandis que l’on peine à grimper, voire carrément escalader certaines portions du parcours, les porteurs, chargés de 20 kg d’affaires en équilibre sur une épaule, gambadent une cigarette à la bouche. Fumer c’est « for power » qu’ils disent. Mouais… En tout cas, c’est dur de les contredire lorsqu’on les voit littéralement courir, sautant les petits rocs affutés ou les grandes pierres glissantes, dans une descende pentue que l’on ne prend pas à la légère. Encore plus lorsque plusieurs guides ou sites Internet expliquent que, chaque année, des touristes meurent durant l’ascension ou la descente du sommet. Notre guide local, lui, en aura eu « que » quatre. Soit un bon score sur pas loin de vingt ans d’ascensions, avec au minimum deux chaque semaines. Hallucinant. Pour nous, tout se passera pour le mieux, et seulement quelques uns abandonneront avant le sommet et ses 100 derniers infinis mètres de gravier volcanique, où l’on a l’impression de reculer de deux mètres lorsqu’on en gravit un.

Après ces trois incroyables jours, sans même une douche, on s’embarque avec Émilie pour Gili Air. Soit quatre derniers jours de repos sur cette petite île, où les Hollandais nous rejoindront un peu plus tard. Bungalow sur la plage, plongée en apnée dans les coraux entre les bancs de poissons tropicaux,  nageant avec une grosse tortue, avant d’incroyables couchers de soleil sur la mer et le sommet où l’on aura tant sué. Le tout arrosé d’une bonne Bintang. Oui, l’Indonésie a été très dure.

>>> Les photos d’Indonésie.

1 commentaire

  1. DUBOIS Marc

    Je ne sais où tu es en ce moment. Tes photos sont toujours aussi belles. Leur beauté de carte postale, la sérénité qui s’en dégage, contrastent fortement avec l’actualité de ce côté ci de la planète. As tu des échos de ce qui se passe dans le Maghreb et au Proche-Orient là où tu es. Mais peut être as tu été pris dans la catastrophe climatique en Australie ? j’attends de tes nouvelles avec intérêt en tout as.

    Posté le 24 février 2011 à 20 h 24 min | #

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