Boom-boom, paf, plouf

09 nov 2010

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Rentrer en Thaïlande après le Cambodge et le Laos, c’est prendre une belle baffe de développement. Bus tout équipés ultra-confortables (et tuning parce que, tout le monde le sait, c’est la grande classe), routes parfaitement goudronnées… Le trajet entre les deux capitales aurait put être parfait (et j’en avais bien besoin) si aux alentours de 3 heures du mat, un brusque freinage n’avait pas réveillé tout le bus : avec un bon mètre d’eau sur la route, nous mettrons quelques heures de plus pour gagner Bangkok. Je serais chanceux. Dès le lendemain matin et pour au moins une semaine, les routes seront bloquées entre les capitales thaïlandaise et laotienne.

Sur place, juste le temps de sauter dans un slip propre, puis direction l’aéroport pour récupérer Gilles. Soit seulement 15 petites minutes de marche. Suffisantes pour entendre déjà quelques propositions qui se répéteront inlassablement jusqu’à la fin du séjour : « Boom-boom ? », qui signifie, en résumé local, « nécessitez-vous, monsieur, les services d’une professionnelle de la tendresse ? » ; « Ping-pong show ? », soit un divertissement tout à fait sain qui consiste à observer une jeune autochtone qui n’a surtout pas été éduquée depuis sa plus « tendre » enfance à projeter une balle de ping-pong hors de son vagin. Nous demanderons bien entendu s’il existe un « rugby show », mais devant la négative, on zappera le sport national. Enfin, l’immanquable « Lady, lady ? », qui là, se passe de traduction… Bref, pas de scoop, on s’y attendait, c’est bien le tourisme sexuel dans tout ce qu’il a de plus écœurant. Que l’on sent, entend et voit à trop de coins de rues, bien qu’on ait évité les hauts lieux. C’est moche et encore plus dur de voir une jeune et belle thaïlandaise se promener au bras d’un quinqua anglo-saxon bedonnant, sûrement pas pour ses beaux yeux.

De notre côté, on préférera occuper notre soirée à découvrir une autre coutume locale : la boxe thaï. Direction le Rajdamnoen pour le grand combat de la semaine. Quelques mètres avant l’entrée et on est déjà plongés dans l’ambiance : ça crie, rie, blague et… pari ! Un incroyable bordel où l’on cherche à se faufiler. Jusqu’à ce qu’on nous fasse signe de stopper. L’hymne royal résonne. Et le poulailler qui gesticulait et hurlait quelques secondes auparavant vient de se figer, pour écouter muet et tête baissée les 3 minutes d’orchestre. A peine la dernière note estompée que le brouhaha reprend de plus belle. On entre dans l’arène. En bas, le ring entouré d’une quarantaine de places VIP que l’on chercha à nous vendre à tout prix, prétextant que le deuxième étage est « dangereux » pour les touristes. Nous sommes au deuxième étage. Deux tourlos noyés dans une foule qui grossit au grès des combats. Autour de nous, ça hurle en même temps que les signes de doigts s’enchaînent à grande vitesse et dans toutes les directions. Ça pari dur. Et gros. Les billets de 1000 bath se négocient, s’échangent et transvasent dans de grands cartons que l’on fait circuler (un chauffeur de taxi qui gagne très bien sa vie ne dépasse pas les 2000 baths par mois). Côté combats, une douzaine, de tous niveaux et âges. A chaque fois, le même rituel. Un échauffement qui prend l’apparence d’une danse, une prière avec l’entraîneur et c’est parti pour cinq rounds de 3 minutes, accompagnés par un orchestre de percus et xylophone qui monte en crescendo et accélère en harmonie avec les assauts. Les coups sont rudes, secs et depuis l’estrade, malgré le brouhaha général, on entend la chair claquer. Trois coups rapides à la tête et le combattant de 15 ans, tout au plus, s’affale K. O. dans les cordes. On le sort tranquillement sur un brancard. Personne ne semble surpris, inquiet… C’est le jeu ma pauvre Lucette. Le combat suivant, l’enjeu est de taille (ce qui nous échappe totalement), les Thaïlandais, si paisibles au quotidien, ne le sont plus du tout. Ça hurle encore plus, certains se jettent contre les grilles qui séparent le second du dernier étage. Une reprise plus tard, tout ce calme, les spectateurs ayant décelé l’issue du combat. Pas nous. Puis dans le dernier round la fureur reprend. Exténués, les combattants se serrent l’un contre l’autre… On apprend que ce n’est pas pour se donner un peu de repos, encore moins pour un câlin amical, mais pour tenter d’étouffer, à l’aide de ses gants, l’adversaire. Et alors que chacun tente, tant bien que mal, de se défaire ou d’asphyxier son voisin (en y ajoutant au passage quelques coups de genoux dans les abdos), la foule hurle des « di ! » gutturaux, signifiants « bats-toi ! ». C’est sûr, jusqu’à présent, ils jouaient à la marelle. Nous, on ressortira grandis de ces quatre heures de baston : s’exerçant au Muay Thaï, avec une finesse et une maîtrise totale de l’art, jusqu’à l’auberge.

Le lendemain, départ pour le nord, Chiang Maï et sa nature, qui a indéniablement un petit goût de Laos. Toujours guidés par une infaillible maturité, on passe notre premier jour sur des mobylettes 125 cm3, à faire la course sur les petites routes de montagne. Une chouette balade. Qui le sera encore plus après avoir rencontré une famille thaïlandaise fêtant dignement le dimanche, perchés sur un sommet. Guitare, chants, pique-nique… le tout arrosé de quelques litres de whisky local. On est invité. A chanter également, et quelque chose en français bien entendu… Nous préfèrerons La jeune fille du métro de Renaud à L’amour est un soleil d’Hélène Ségara. Après une bonne heure « d’échanges », on aura du mal à les quitter. Le lendemain, on s’embarque pour deux jours de rando dans la jungle. Deux belles journées à crapahuter dans les sous-bois, déterrer les mygales avec notre guide, battre le riz avec des paysans rencontrés sur la route et s’endormir dans une cabane en bambou, au pied d’une cascade. Gilles, lui, a décidé de jouer les colons dans un pur style conquistador. Version cheutimi. Dans son sac, il transporte pas moins de 4 litres de bière qu’il distribue au grès des rencontres, pour se faire des copains. Le lendemain, après une dernière descente de rivière en « bambou-rafting » et quelques papouilles avec un éléphanteau, on regagne Chiang Maï.

Un passage éclair à la frontière birmane -le moyen le plus économe de prolonger notre visa- et c’est parti pour deux nuits de bus avec une journée de pause forcée à Bangkok. Direction l’île de Koh Tao. Les inondations se sont déplacées dans le sud du pays. On arrive au milieu de la nuit à l’embarcadère qui doit nous mener sur ce bout de paradis. Et on attendra le matin pour apprendre que, vu que la mer est plus Cap Horn que Costa brava, on doit se retaper 5 heures de bus pour aller embarquer à Surathami… Là, on s’est posé confiant sur le pont supérieur. Un joli petit brin marin sur le museau, le soleil, les orteils en éventail. Les toutous confiants quoi. Sauf que 10 minutes après, le navire faisait la coquille sur des creux de 3 à 4 mètres. De l’eau plein la gueule, les sacs trempés, impossible de redescendre en cabine. Il faudra supporter 1 h 30 de très très longue traversée et des dizaines de litres de vomi. « Faut pas gâcher » disait maman, alors on a serré les dents. Et on n’a pas perdu une goutte. Bien que certains auraient pu rejoindre le grand concours de vidage d’estomac pour les dix dernières minutes de traversée…

Enfin, on arrive sur Koh Tao. On ne le sait pas encore, mais on y sera « bloqué » pour une semaine. Du fait d’une dépression frappant le Sud-Est, les bateaux ne peuvent plus traverser et encore moins rejoindre les deux autres îles que nous comptions visiter, Koh Samui et Koh Phangan. Heureusement, sur place, on se trouve un véritable coin de paradis. Un bungalow perché dans un resort géré par huit sympathiques thaïlandaises. Avec une plage sublime qu’un temps de merde ne pourra gâcher. Bungalow à l’abri, sans grand nombre de touriste… Et une délicieuse cuisine. On chapardera des recettes. On se fera même deux potes : deux gros geckos qui squattent nos toilettes (on leur a pourtant proposé la table de chevet… les ronflements peut-être). On passe nos journées à se balader à deux poids lourds sur un vieille moto cramponnée, sillonnant les 20 km² de routes plus pentues, boueuses et rocailleuses les unes que les autres. Jusqu’à l’avant dernier jour. Tandis que les rues de l’unique ville de l’île sont inondées, on nous assure un retour en bateau possible pour le lendemain. On parcours les quatre kilomètres qui nous séparent de notre bungalow à pied, avec par endroits de l’eau jusqu’à mi-cuisse et on prépare les sacs. Gilles doit prendre son avion dans une poignée de jours et il ne faudra pas louper l’occasion. Le lendemain, avec une mer clémente, il peut embarquer pour la terre ferme, médicalisé, l’estomac blindé de riz. Pour ma part, il me faudra attendre une journée de plus, parce que je prends la direction du sud et de Krabi. Celle des inondations…

>>> Les photos de la Thaïlande.

3 commentaires

  1. Laurent

    Enfin du nouveau !!! Merci Pierre !

    Posté le 4 février 2011 à 8 h 56 min | #
  2. Néric

    Du Renaud jusqu’en Thailande… Chapeau l’artiste !!!

    Posté le 4 février 2011 à 13 h 37 min | #
  3. soula laetitia

    bonjour! j’ai vu ton message sur le site du club de la presse en pdc, et par curiosite je suis allee voir ton blog. c’est super! il y a de tres belles photos! moi je suis journaliste en recherche d’emploi (redactrice et photographe), je debute alors je n’ai pas trop de contacts ni de conseils a te donner… seulement que tu peux t’inscrire en tant que photographe independant sur les registres des agences de photos (afp, reuters, etc) et que tu peux leur envoyer des photos : ils t’acheteront celles qui les interesse! bon voyage et bon courage. Laetitia

    Posté le 23 mars 2011 à 13 h 11 min | #

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