Khmers

04 oct 2010

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Raph s’est envolée pour Paris. Et je prends trois gros jours de pluie sur le museau, en attendant de décoller à mon tour, pour Phnom Penh. Je dois y rejoindre Myriam qui, jusqu’à présent, se la coulait très très très douce dans le sud du Cambodge. Elle m’attend, éveillée (si,si), lorsque j’arrive avec deux bonnes heures de retard à l’aéroport de la capitale. Nous passerons quatre jours à Phnom Penh. Il fait chaud, les axes débordent de deux roues qui zigzaguent klaxons bloqués et les odeurs sont fortes. Rien de trop dépaysant après la Chine, si ce n’est la pauvreté, beaucoup plus visible. Et une fois de plus une incroyable gentillesse des habitants. Je me souviendrai longtemps de ces pêcheurs musulmans, croisés sur les rives du Mekong, où l’on s’était rendu pour mater le coucher de soleil. Des familles qui (sur)vivent avec presque rien dans des barques décrépies, comme échouées sur les rives. Mais qui vous promettent de racheter un volant « pour vous » si vous revenez le lendemain pour une nouvelle partie de foot local.

A Phnom Penh, Sokh sera notre plus belle rencontre. Sans aucun doute. Un étudiant cambodgien que Myriam a rencontré à son arrivée et qui se proposera d’être notre guide durant notre séjour, entre ses études, son travail et ses obligations familiales. Soit quatre jours à sillonner la capitale et ses environs… à trois sur un scooter. Rien de super sécu, faut l’avouer. Et encore moins lorsque votre pilote enchaîne les dépassements de camions par la droite, sur du sable, en téléphonant avec, accessoirement, deux français dans son dos. Facile. On goûtera aussi la cuisine khmer et son « fromage », qui n’en a que le nom, éventuellement l’odeur : une étrange mixture de poisson sournoisement épicée. Certaines en feront les frais. Sokh partagera aussi avec nous cette atroce page de l’histoire cambodgienne. Celle des khmers rouges et de leurs massacres. Pour lui comme pour nous, visiter Tuol Sleng, est une première. Entre les murs de cet ancien lycée reconvertie en camp de concentration, Sokh a perdu des membres de sa familles, emprisonnés et torturés comme des milliers d’autres. Une visite des « Killing fields » – là où les rares survivants étaient exécutés – viendra clore la journée « grand fun ». Il faudra bien un bon repas sur les berges d’un lac (voué à disparaître) pour tenter d’alléger l’ambiance.

On saute dans un bus, direction Siem Riep, où l’on compte fouiner quelques jours dans les temples d’Angkor. Sur la route, cinq heures de karaoké fleur bleue plein les oreilles. Et une « pause mygale ». Myriam, partie aux toilettes, m’abandonne suffisamment de temps pour qu’une jeune khmer me propose de tenir une des tarentules qu’elle exhibe fièrement sur son torse. Mouais… En mime, elle m’explique que la tataragne est passée chez le dentiste et qu’elle est désormais pas plus dangereuse qu’un chaton. Sauf que, bizarrement, je préfère sentir les vibrations d’un inoffensif ronronnement plutôt que huit pattes velues sur ma paume… Je réponds que je n’ai pas très envie de faire mumuse avec son jouet. Elle insiste… Bon, allez… je tends une main tremblotante. Et intercepte la bestiole. Au bout de quelques minutes d’intense concentration, je commence à retrouver un semblant de couleur. L’erreur du débutant. L’autochtone qui a flairé un regain de confiance chez le toutou en profite aussitôt pour plonger sa main dans le sac qu’elle porte autour de la taille, et y sortir ce qui est manifestement la (grosse) sœur de celle que j’ai en main… Ou la mère peut-être. Peu importe, tout ce que je sais, c’est que c’est encore plus gros, plus poilu, donc encore moins sympa. Mais j’ai même pas le temps de crier « banzaï » que, sans me laisser le choix, elle dépose le kilo d’insecte poilu dans la main que je gardait en réserve pour éclater la petite, s’il lui prenait l’idée de se balader. Courageux mais pas téméraire, la jeune khmer décèle rapidement sur mon visage un très léger soupçon de frayeur. Et devine que si elle ne me récupère pas son cheptel, je risque de battre un nouveau record de lancé de poids. Alors elle prend ses joujous, sourit et va pour s’en aller. Je retrouve peu à peu le sourire tandis que Myriam revient dans notre direction. Alors j’en profite pour lui conseiller de s’approcher de la jeune khmer. Une blague particulièrement appréciée.

Nous passerons les quatre jours suivant à sillonner les temples d’Angkor, au départ chaque matin de Siem Riep, en vélo. On n’est pas fan de vieilles pierres, mais quand même. Lorsqu’on se balade dans un temple millénaire, en plein milieu d’une jungle qui a depuis repris ses droits, y a pas à dire ça pète. Des kilomètres de temples, d’époustouflantes ruines (qui portent malheureusement les traces des pilleurs). Trois jours à en prendre plein les mirettes (les photos en diront bien plus). Et à s’endormir en moins de quelques minutes (avant que la tête ne touche l’oreiller, en ce qui concerne Myriam). J’en profiterai aussi pour me faire couper les cheveux, dans un « salon de coiffure » à même la rue, manifestement pas « waterproof mousson ». J’aurais même droit au rasage gratis, avec grosse lame à l’ancienne, même si la vision d’un gros khmer penché sur votre cou avec une lame bien affutée n’a rien de très plaisante.

Nous passerons nos derniers jours cambodgien à Battambang, que nous avons rejoint en bateau. Six heures de superbe ballade sur une fine coque, klaxon bloqué, à serpenter entre les ronces. Avec un arrêt à chaque village. Des pêcheurs de serpents. Battambang n’a rien d’exceptionnel, mais les quelques monts environnants nous donneront une belle vue d’ensemble sur ce « plat pays » cambodgien, où les rizières ne laissent que quelques maigres espaces aux palmiers. C’est là où nos routes se séparent. Myriam part prendre un avion à Bangkok tandis que je me dirige vers Phnom Penh, pour attraper un bus direction la frontière laossienne. Avec une nouvelle pause pipi/tarentules. Cette fois-ci, elles sont des centaines. Mais fries, présentées dans de gros paniers. C’est bien plus sympa en snack local.

(A venir, dans les prochaines années, les écrits de Myriam, alias Tomb writer)

>>> Les photos du Cambodge.

1 commentaire

  1. vendredi 10 décembre (ici): très bon anniversaire à l’autre bout de la terre. Pour le gâteau, ça va être difficile; le voyage est long. Pour les bougies,je te propose de choisir 24 étoiles au dessus de ta tête et de souffler très fort. Attention je vérifie!

    Posté le 10 décembre 2010 à 21 h 05 min | #

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