« Ils sont forts ces Chinois »

23 sept 2010

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On dit qu’ils sont plus d’un milliard, qu’ils sont « sales », « pressés », « courbés sous le poids d’un régime autoritaire ». On imagine des villes étouffantes de pollution et de monde. Et bien non… Enfin pas tout à fait du moins. C’est sûr, au passage de la frontière en transsibérien, lorsqu’on a droit à la petite fanfare, à la lignée de drapeaux rouges et au militaire-mitraillette chaque m2, sans oublier le « repas d’accueil offert par la République populaire de Chine », ça n’aide pas à briser nos vieux stéréotypes. Ni les nuages de pollution qui floutent les gratte-ciels des interminables mégalopoles. Sans oublier les sites Internet bloqués. Mais, avec Raphaëlle, qui m’a rejoint pour ce mois de vagabondages, le contact avec les habitants a mis une belle volée aux préjugés. Une baffe bien méritée. Aller-Retour. D’abord parce que les Chinois sont d’une gentillesse incroyable, doublée d’une solidarité et d’une curiosité enfantine touchante. Ensuite parce que voyager en Chine (du moins dans la partie que nous avons parcouru) bin… c’est pas chinois, avec des traductions en anglais omniprésentes. A la volée, des brèves de voyages sous forme d’abécédaire, fruits de nos impressions, découvertes et rencontres. Sur la route, entre Beijing, Pingyao, Xi’an, Hangzhou, Shanghaï, Guilin, Yangshuo et enfin Guangzhou.

A comme Amour
Un premier cliché à battre en brèche, les rudiments de chinois ne sont pas si durs à apprendre (aucune grammaire), mais cela n’évite pas les savoureux quiproquos de voyage. Une perle de Raph : a une vendeuse qui lui parlait de la Chine, elle a fièrement répondu « Chihuan » (écriture phonétique). Ce qui signifie « amour, aimer ». Elle parlait bien sûr du pays, mais elle venait de lui dire « je t’aime ».

B comme Bardy
Une dédicace à une amie ultra-énergique : la Chine, c’est le pays des 200 %. Au volant, dans les files d’attente, dans le métro, dans la rue… Bref, partout, les chinois sont impatients. Une seconde semble inestimable. Ou peut-être que le fait d’être une fourmi sur plus d’un milliard vous donne l’envie d’être le premier, qui sait. Ils se poussent, se pressent, se doublent, courent. Du « recycleur » qui fait les poubelles à l’homme d’affaire, ils semblent inépuisables, avides de temps. Alors on comprend la croissance éclair. Et cela explique quelques scènes magiques. A Shanghai par exemple. A l’entrée d’un gratte ciel, un tourniquet. Au dessus, une pancarte : « N’allez pas trop vite ! ». Et devant, une file de Chinois attendent bien rangés avant de s’engouffrer en courant dans l’engin qui tournait… à toute allure !

C comme Chang
Une belle rencontre à Beijing. C’est le surnom que l’on a donné à un quadra croisé dans un hutong, à la table voisine. Un fier représentant de l’archétype du chinois : bon vivant, assis à table avec trois compères devant des dizaines d’assiettes débordant de victuailles, enchainant les cul-sec de verres à thé de bières (la deuxième boisson nationale), en nous en payant pas mal au passage, après une séance photo. Et relevant le tee-shirt au-dessus du nombril, histoire de manifester finement « je suis repu ». La classe quoi.

D comme Doigt

Ou plutôt la « politique du doigt ». Un vaste programme antitourista mis en place par Pierre, qui consistait à me répéter inlassablement (mais non sans-raison) : « met pas ton doigt sur le goulot de la bouteille », « ne tripote pas le bout de la cigarette », « ne prends pas ton gâteau à pleines mains ». Soit… Pierre, à Beijing, m’a aussi dit: « J’ai bu de l’eau au robinet ».
« Ah bon !! Mais elle n’est pas du tout potable, même les chinois n’en boivent pas ! »
« Ouais… j’avais trop soif. »

E comme Enfant

Vous pouvez difficilement faire plus plaisir à un Chinois qu’en lui disant que son enfant est beau. Politique de l’enfant unique ou longues années de privations, les enfants sont en tout cas surgatés et source d’une immense fierté. Également frappant : voir à quel point les hommes s’occupent de leurs marmaille.

F comme Fête
Dans toutes les villes, à la nuit tombée, les espaces verts et les places se noircissent de couples qui viennent danser. Une sono qui crache plein pot posée à terre donne lieu à des mouvements de rock plus ou moins lents. Dans un autre style (poussé par notre rigueur journalistique) nous avons testé la boite de nuit chinoise à Hangzhou, non-loin de Shanghaï. Eh bah, bizarrement, vous ne serez pas étonné d’apprendre que ça ressemble à toutes les boites de nuit du monde, avec des filles en mini jupes se trémoussant sur des podiums et de la musique commerciale à vous vriller les enceintes. A un détail près : ici, Chine oblige, on change de musique toutes les 20 ou 30 secondes en moyenne…
G comme Gentils
On nous l’avait souvent répété avant de partir ou au long du voyage : les Chinois sont « rudes, sales, malpolis, indifférents… » Nous avons ressenti exactement l’inverse. Et ça a été l’une des grandes richesses du voyage. Dans tous les lieux traversés, des gens très souriants, d’une très grande curiosité, presque enfantine, cherchant sans cesse à communiquer (même si on ne comprenait rien). Et qui nous ont beaucoup aidé, pour prendre le bons bus, trouver le bon arrêt, remettre nos gros sacs, etc. Très touchant.

H comme Hu Jintao
Quand on est touristes en Chine, ce qui donne le plus l’image d un pays non démocratique (à part les sites Internet bloqués ou floutés), ce sont les panneaux touristiques qui se finissent toujours par des phrases du types: « Nous gardons tous en mémoire tel camarade qui a œuvré pour la gloire de la Chine, un pays à la magnifique civilisation millénaire, civilisation préservée depuis l’instauration de la République populaire de Chine », etc.

J comme Jeu
Les Chinois sont tous de grands enfants. Ils adorent jouer. Partout. Dans tout le pays, dans toutes les rues, des hommes et des femmes bataillent cartes en mains, avec à chaque fois un attroupement de spectateurs autour. Et quelques yuans qui transitent. Sans compter les salles de jeux électroniques, les jeux de société…

L comme Lumière
On ne vous apprendra pas grand chose, la Chine, c’est pas la mère-patrie du développement durable. Les villes ne sont pas sales (il y a un nombre de balayeurs incroyable) mais les Chinois n’hésitent pas à jeter leurs déchets dans les rues, rivières, parcs… Question économie d’énergie, c’est pire, avec des villes encore plus chargées et kitchs que certaines de nos maisons illuminées de noël. Partout des néons, spots, projecteurs multicolores. Sans compter qu’ils adorent tout ce qui clignote (aux portables, chaussures). On a d’ailleurs l’impression qu’ils consomment de tout et n’importe quoi. Et encore plus des gadgets (le train est un véritable supermarché roulant). Sûrement que le tout explique pourquoi le pays compte 20 des 30 villes les plus polluées au monde. Ce qui est immanquable lorsque, en centre ville, vous évoluez toute la journée dans un gros brouillard.

M comme Molard
Imaginez. Un bruit qui part du fond de la gorge (voire des chevilles pour certains), à mi chemin entre le rot et le vomissement, sorte de pet vocal… c’est le crachat chinois. Le bruit est inimitable et le résultat toujours un peu décevant au regard de l’éffort. Ce qui est plus drôle, c’est lorsque vous êtes entouré de coquettes petites Chinoises, se maquillant de bon matin dans la salle de bain et qui, soudain, lachent un énorme molard dans un bruit d’outre-tombe.

N comme Nanard
Toujours un appareil photo à la main, les chinois se mitraillent. Champions dans les positions les plus débiles. Leur pose fétiche : un sourire béat, le pouce levé ou les deux doigts en signe de V.

O comme Ouahou
On a pris de très grosses baffes, avec des sites à couper le souffle. La grande muraille, bien sûr. Mais aussi l’armée de soldats en terre cuite à Xi’an. Des milliers d’hommes en armure, tous avec un visage et une expression différente, entassés autour du tombeau d’un des premiers empereurs chinois qui, semble-t-il, voulait emporter quelques potes dans l’au-delà. Époustouflant. Sans oublier les paysages magnifiques de Yangshuo, dans le sud : des centaines de monts aux formes improbables, séparés par des rivières où certains pêchent avec des cormorans dressés.

P comme Poupous
J’ai proposé « politique », « pâtes »… mais Pierre tenait absolument à caser « poupous ». Faut dire que ça a donné lieu à un très important débat. Pierre : « Les chinoises, elles ont des petits poupous… » « Bah t’exagères, j’en ai vu, elles avaient de gros poupous », « Non, tu fais pas attention, y en a beaucoup moins qu’en France ». « Mais non, les Chinoises sont plus fines, c’est tout. » « Ca n’excuse rien, j’ai l’œil, elles n’ont pas de poupous », « Mais si… » On a failli en venir aux mains, au milieu de la gare de Shanghaï. Mais Raphaëlle a réussi à caser « pollution » ex-æquo : « la tare des grandes villes chinoises. »

R comme Repu
Le Chinois a beau n’être guère plus léger qu’une plume, il est capable, en quelques minutes, d’ingurgiter le double de son volume. Le principe est simple : remplissez un train d’autochtones, donnez leur la possibilité d’emporter, chacun, environ 40 litres de bouffe plastifiée, laissez leur une journée et vous verrez des ventres imberbes tendus déborder des tee-shirts. Le chinois bouffe tout le temps et, si nécessaire, n’hésite pas à réveiller ses copains à 5 heures du mat pour une petite collation de quelques kilos de volaille, entre deux soupes de nouilles déshydratées. Une fois repus (et il faut y aller!), le Chinois mâle relève son tee-shirt jusqu’en dessous des seins, pour faire pointer à l’horizon sa bedaine pubère. Et indiquer ainsi fièrement que, ça y est, il est coufle. Sachant qu’ils sont quelques milliards et qu’ils bouffent tout, à ce rythme là, on sera bientôt dans la merde. Je vous le dis, cachez vos cochons (et vos enfants).

T comme Tourista
Qui nous a épargné, malgré les fruits achetés dans la rue, ingurgiter sans les laver, les plats archi pimentés… Hum, sans doute grâce à la politique du doigt de Pierre.

U comme Ultramoderne

Un pays à l’allure ultrarapide, une croissance fulgurante, ça donne des villes ultramodernes. La plus stupéfiante étant sans hésitation Shanghaï. Une cité cosmopolite aux airs de New York et au décor de science fiction, avec son « Bund » sorti d’une autre planète.

V comme Voyage
Notre plus beau restera sans aucun doute celui entre Beijing et Pingyao. 12 heures de train de nuit, assis au milieu d’un vrai spectacle. Comme ils sont à 200 %, les Chinois courent pour se jeter dans les wagons. Peu importe qu’ils aient réservé en place assise ou debout. Certains étudiants que nous avons rencontrés passent ainsi une vingtaine d’heures sur leurs deux jambes. Beaucoup s’entassent entre les wagons. Mais beaucoup aussi, sympas, se poussent et laissent un bout de banquette aux autres. Voire cèdent carrément leur place une vingtaine de minutes histoire que les « debouts » se reposent un peu. C’est un joyeux bazar, le tout avec de la nourriture à foison, que tout le monde partage. Et des cartes,bien sûr. Cette nuit là, on n’aura pas dormi. Pour tenté de répondre aux centaines de questions plus ou moins indiscrètes que l’on nous posait. Avec pour seules armes, un guide de conversation, quelques mots en chinois et beaucoup de dessins. Pendant ce temps, à l’autre bout du wagon, on entendait « faguo faguo » (France).

W comme WC
En Chine tous les 200 mètres, il y a des toilettes publiques. Y entrer, au détour d’une ruelle, est une expérience extraordinaire. Avant de trouver son trône, on est tout de suite arrêté par une rangée d’autochtones qui, les fesses à l’air, sont à leur ouvrage. Les toilettes sont toutes à la turc, sans porte, et seulement séparées par un petit muret. Une belle expérience et un retour direct à la maternelle.

>>> Les photos de la Chine.

4 commentaires

  1. 200% Bardy

    Formidable cet abécédaire nanard et merci pour la dédicace. Je pense aller prochainement Chine, à la rencontre des miens: ces gens petits, ultra-énergiques et sans gros poupous. Je pense aussi sérieusement interroger mes parents sur mes origines…

    Posté le 31 octobre 2010 à 19 h 45 min | #
  2. Le kid du bocage

    Incroyable mais vrai…

    Pierre Rouanet
    Ne doit pas être confondu avec Pierre Rouanet (évêque).
    Pierre Rouanet, né le 12 mai 1921 à Fontenay-sous-Bois (Val-de-Marne), est un journaliste français, fils d’un postier devenu préfet et d’une mère enseignante.

    Élève aux lycées de Poitiers et de Lyon, il s’inscrit à la Faculté des lettres de Toulouse d’où il sort licencié es lettres.

    Débutant comme rédacteur politique et parlementaire à la Démocratie de Toulouse (1945), il intègre le bureau parisien de La Dépêche du Midi dès 1947. Promu chef des informations, éditorialiste et, en 1959, chef du service politique du quotidien toulousain, il collabore parallèlement à divers organes de la presse écrite (Paris Match, L’Express, France Observateur) et audiovisuelle (l’ORTF, la radio suisse, la BBC). Mais, en 1965, il démissionne de La Dépêche et publie, cette même année, un livre valorisant l’expérience mendésiste du pouvoir (Mendès France au pouvoir, R. Laffont).

    Il faut dire qu’en dehors du Berry républicain où il est éditorialiste depuis 1952, il affiche surtout ses opinions dans la revue mendésiste Les Cahiers de la République. D’ailleurs, ces affinités politiques ne sont sans doute pas étrangères à la proposition qui lui est faite d’entrer au Nouvel Observateur en 1969. Chargé de succéder à Claude Krief à la tête du service politique du Nouvel Observateur, il ne cesse pourtant pas sa collaboration au Berry républicain.

    Mais, spécialiste de la droite et du gaullisme, il publie l’année même de son entrée une biographie de Pompidou (Grasset, 1969). Si, avec Castell (Grasset, 1971), il apparaît aussi comme l’auteur d’un roman sur la grammaire et la politique, il ne fait pas l’unanimité au sein de la rédaction en raison de ses sympathies chabanistes. Ainsi, en 1972, une grogne qui s’exprime lors d’une réunion de la société des rédacteurs l’amène à démissionner de ses fonctions.

    Publiant Le Cas Chaban (Laffont, 1974) un an après son départ, il assure la direction du service politique du Courrier picard à partir de 1976 et cesse tout collaboration au Berry républicain deux ans plus tard.

    Il a présidé l’Association des journalistes parlementaires (1983-1984).

    Œuvres
    Mendès-France au pouvoir (1965), prix Aujourd’hui 1966
    Pompidou (1969)
    Castell : roman chez Grasset (1971), prix Interallié 1971
    Le Cas Chaban … et de Gaulle à travers lui : chez Robert Laffont (1974)
    « Les 3 derniers chagrins du Général de Gaulle » chez Grasset (février 1980) écrit par Anne et Pierre Rouanet
    « L’inquiétude outre-mort du Général de Gaulle » chez Grasset (mai 1985) écrit par Anne et Pierre Rouanet
    « Nous allions être bien à Karlovy Vary » : roman chez Albin Michel (1991)

    Posté le 3 novembre 2010 à 16 h 05 min | #
  3. Racaille de Fourmies

    Salut Pierre,

    Il est génial ton blog. Bonne continuation.
    Bise

    Posté le 26 novembre 2010 à 14 h 58 min | #
  4. MARTINEZ

    bonjour Pierre, je suis Muriel, la cousine de Serge ton papa, j’habite dans le gers à Beaupuy et j’ai appris que tu voyageais beaucoup!!
    Je vais regarder avec plaisir ton très beau voyage !!
    Bises à toute ta famille.

    Posté le 3 mai 2011 à 8 h 53 min | #

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