De petits chevaux mais de grands hommes

22 août 2010

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Oulan Bator, c’est pas St tropez. Mais la capitale mongole est pétillante de vie. Une ville désorganisée où d’immenses quartiers de maisons bricolées (voire des yourtes sédentarisées) sont collées à de récents immeubles modernes. Le tout entrecoupé d’artères bondées de voitures qui roulent klaxons bloqués. C’est la belle saison alors ça bâti sec. Seules les hautes montagnes qui entourent la ville pourront stopper son expansion.

Mon auberge est excellente : plein centre ville (ça c’est pas très dur) et… dans une yourte, sur le toit d’une maison ! Avec en plus le confort de toilettes et l’eau chaude. La classe. Au total, j’y passerai quatre nuits. Rapidement (le lendemain de mon arrivée), je pars pour douze premiers jours dans la nature, accompagné de deux jeunes mongols : Dukaa, une étudiante en français et Baaska, étudiant en Coréen avec qui je m’entrainerai à la lutte mongole, sans succès, malgré une bonne vingtaine de kilos supplémentaires « en ma faveur ».  Les quatre premiers jours seront dans une famille de nomades, en pleine nature à 200 km à lOuest d’Oulan Bator. Dans la belle vallée de la rivière de Bayangol, entourée de collines et de petites montagnes boisées, où la famille de Byambaa passe chaque été depuis des années. Un régal. Parce que l’on se sent seul au monde, perdu dans cette immense nature de steppes et montagnes à perte de vue. Et puis surtout parce que vivre avec les nomades, c’est des blagues et des jeux à longueur de journée, malgré un boulot physique bien crevant. Quatre jour de balades, nourri de viandes et de produits laitiers (dont quelques uns sournoisement alcoolisés). A observer, échanger, participer : monter une clôture, shampouiner un troupeau de chèvres avec le « véto » du village, tenter de guider un troupeau de mouton, jouer au « beach-volley » à la sauce mongole (soit un mix avec le rugby), tenter d’apprendre des mots et chansons mongoles, où regarder des séries coréennes traduites en mongol (la yourte est équipée d’un panneau solaire…). Le tout, entrecoupé à plusieurs reprises dans la journée, soit à chaque pause, de cul-sec de vodka. Ben oui, le passé russe n’est pas loin. Enfin et surtout la découverte du cheval. Avec, pour ma première, histoire de bien attaquer, une scelle mongole pour 20 km de balade… Testiculairement parlant, ça pique. Disons le clairement, soit les mongols n’ont pas de roustons, soit le fait de grimper à cru sur un cheval dès 4 ans les tanne en cuir. De mon côté, c’était plutôt papier crépon. Alors, avec une scelle bricolée en bois et une petite armature en fer fourbement placée à l’avant du bassin, je peux affirmer que la lignée des Rouanet s’est éteinte à 200 bornes d’Oulan Bator, montagne 3, rue de la Plaine, Bornuur.

Les deux jours suivant se feront en 4×4, direction la vallée d’Orkhon avec une halte au lac Oguy et à Karakorum, l’ancienne capitale fondée par la star locale, Gengis Khan. Dans un bon vieux tracteur russe qui sent l’essence, ne dépasse pas les 60 km/h (en descente avec le vent dans le dos) et qui a perdu sa traction arrière. Mais qui passe partout : rivières, monts de gravats, boue, chemins crevassés, steppes… Suxhee, le chauffeur autant fana de rallye que de disco, fera aussi office de Dj, tous les soirs après avoir planté la tente, avec son lecteur DVD portable chinois. Y a pas à dire, danser sur les Bee Gees dans la steppe, ça envoie le pâté. Et puis, c’est sûr, personne n’appellera les flics pour tapage nocturne. Après deux jours de trampoline en 4×4 et une belle gamelle sans gravité dans les rochers, nous arrivons dans la vallée d’Orkhon. Toujours en prenant de belles baffes devant la beauté et la variété des paysages.

Nuit sous yourte et le lendemain, départ avec Bohina, notre guide, pour quatre jours de cheval. Soit un peu moins de 200 bornes avec, cette fois-ci, une scelle « grand luxe ». La même avec un coussin quoi. Inutile de revenir sur la beauté des paysages, époustouflants une fois de plus. Cette fois ci, mon fier destrier était particulièrement mou. Sauf lorsqu’il décide de partir au galop, sans moi, tombé à la renverse lorsque notre guide, écroulé de rire, a hurlé un « tchou » local signifiant « envois les gaz coco !! ». Sauf que lorsque c’était moi qui était aux manettes, criant un « tchou » avec mon plus bel accent mongol, mon fier destrier molasson ne devait comprendre que « gaz » parce qu’au lieu de partir au triple galop… il se délestait de quelques kilos de méthane.

Grand soleil, brume, pluie, neige, nous aurons tous les temps pour tous les paysages : les longs galops dans la vallée, un temple bouddhiste perdu dans une forêt escarpée, une source d’eau brûlante au sommet d’une montagne enneigée, de longues heures perdus dans un causse de rochers. Une fois de plus, je prends une très belle baffe. Et c’est pas fini, avec les deux derniers jours de 4×4 pour gagner le Bayan Gobi. Le désert où je testerai le chameau, en achevant le peu de fesses et de genoux que j’avais réussi à sauver. Un animal sympa avec des boules de graisses où l’on a envie de se blottir… si le bestial ne sentait pas le cadavre.

1300 km sans douche plus tard, il faudra bien deux jours à Oulan Bator pour retrouver apparence et odeur humaine. Soit le temps de visiter quelques pubs avec Karo, fraîchement mongole, et de faire connaissance avec Yannick et Karine, deux auvergnats plus que sympathiques (et généreux !!) avec qui je pars pour dix jours de cheval dans le Khentii. Une région sauvage composée de steppes et de vallées à perte de vue, parsemées de rares yourtes blanches. Des vallées jonchées de fleurs sauvages et de montagnes arborées de pins et de mélèzes, de belles formations rocheuses ciselées par l’érosion, d’une multitude de rivières et de lacs de montagnes où l’on trouve une faune et flore particulièrement riche. La première journée se fera chez les nomades pour tester les chevaux, avec p’tit dej’ à la tripaille de chèvre fraichement mijotée et non assaisonnée. Puis nous partirons avec deux guides et huit canasson au total, pour porter les bagages/nourriture/tentes. Dans une région sauvage, plus escarpée et boisée. Magnifique, une fois de plus. Sauf que sur les dix jours, on en aura 4 non-stop de très épaisse pluie. Soit quatre jours de complète humidité, où j’aurais pu testé l’étanchéité de mon sac qui a résisté quelques plongées lors de traversées de rivières. De mon côté, moins de succès : j’étais trempé jusqu’au slip superman. Mais tomber à cheval dans la boue et les marécages, ça pique beaucoup moins et c’est vachement plus drôle. Yannick et Karine, eux, plus acrobates, préfèreront le vol plané sur terre. Voire frôler le béton, pour Karine, la plus téméraire. Et puis il y avait ma mob, un tout jeune cheval de 3 ans rebaptisé Tripous. Un vrai mobylette pubère qui voulait tout le temps partir au galop. Et qui m’a permis de finir vainqueur de l’épreuve « course de cheval dans la steppe » de notre Naadam (avec la lutte et le tir à l’arc en moins). Autant dire que notre rupture a été difficile. En somme, des petits bobos, le nez qui coule, et de belles rigolades avec les deux super mangeurs de tartiflettes (créateurs de la très célèbre agence de voyage lyonnaise « Aventure et Saucisson ») . Idem avec nos guides, entre échange de chansons paillardes, blagues et concours en tous genres. Par contre, vu leurs bouilles, ils auront nettement moins apprécié le camembert qui aura voyagé 8000 km dans le sac de Karo. Et aura pris le soleil de longues heures durant dans le mien. Heureusement que la tome et un litron de Bergerac étaient là pour prouver que nous n’étions pas des sauvages.

Après une semaine, de retour à Oulan Bator, il a bien fallu une belle soirée pour noyer la rupture avec nos canassons. Et la séparation avec notre belle équipe. Une virée à trois, avec Yannick et Maanda. Notre jeune guide francophone qui devait encore avoir très très mal au crâne, le surlendemain, lorsque je me suis embarqué à 7 heures pour la dernière partie du transsibérien, direction Pékin.

>>> Les photos de la Mongolie.

A voir aussi : le blog de Karine et Yannick http://kyc.eklablog.com/2010/08/p2

8 commentaires

  1. furus

    Putain… pourquoi moi je vois ces images sur un écran d’ordi en bouffant un sandwich jambon beurre alors que le petit Rutène vit tout ça en live ? Vraiment y a pas de justice :) )
    Allez,continue à boire la beauté des paysages (tes photos sont superbes : les Mongols ont vraiment des belles tronches et tu les rends hyper sympa. Les cieux sont pas mal aussi !)
    A propos, le décalage horaire il est vraiment d’un mois ??

    Posté le 24 septembre 2010 à 10 h 22 min | #
  2. Chloate

    Mais c’est que ça te va bien la tenue Mongol !
    Tu nous as manqué, ça faisait longtemps !

    tu as quitté la Chine ?

    la bisew de nous !

    Posté le 24 septembre 2010 à 17 h 39 min | #
  3. ouilite

    Un mois d’attente pour du rêve à l’état pur!!! Quel hommage à ces hommes! tu nous les rends si proches et si avenants, même les animaux ont l’air de te faire cadeau de leur minois de bonne grâce!! Pendant une heure j’ai vogué dans ces paysages époustouflants et avais quitté mon petit bureau si propret.Si cela ne te dérange pas je te laisse juste les odeurs(heureusement que les ordis ne peuvent pas encore nous filer ça. A bientôt

    Posté le 25 septembre 2010 à 11 h 58 min | #
  4. DUBOIS Marc

    Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage et de belles photos. Ces paysages, ces espaces et ces rencontres font rêver. Qu’en est-il de la vie à OUlan Bator cependant , Y aura-t-il quelque chose sur la Chine ?
    Bonne route.

    Marc Ch’ti vieux

    Posté le 25 septembre 2010 à 15 h 12 min | #
  5. kitusé

    Pierre tes photos sont magnifiques! et ton texte… disons qu’il ne donne pas envie de dormir avec le chameau! Bonne route. Continue à nous faire rire

    Posté le 30 septembre 2010 à 17 h 04 min | #
  6. Le kid du bocage

    Salut mon Pierrot
    Tout d’abord merci pour cette magnifique photo avec le tee-shirt « Fourmies 1891″. Tu as gagné ton pari. T’es sûr d’avoir la médaille de la ville et t’as, à ce jour, 200 points d’avance au classement pour le « Fourmies d’or 2011″, devant Dany Boon et son futur film « Rien à déclarer ». Il va falloir que je fasse mieux d’ici au 30 juin prochain mais j’ai ma petite idée derrière la tête…
    Sinon, déjà trois mois que tu es parti (un quart du voyage) et tu nous manques toujours autant. Même à Trieux…
    Pour le reste… on en demeure coi. Tes reportages écrits ou photographiques sont formidables. J’espère que tu profites bien de cette aventure exceptionnelle et des grands espaces (c’était un live de Bashung) avant de rentrer dans notre beau monde formaté.
    On attend ton retour avec impatience. C’est promis, cette fois, je ne te ferai plus écouter « Mijn vlakke land » (pour les novices, la chanson de Jacques Brel « Le plat pays » en flamand… j’vous jure qu’en décembre avec 10 cm de neige quand on arrive de l’Aveyron dans l’Avesnois ça pourrait faire chialer… mais le Pierrot il était resté digne à l’époque).
    On va te préparer une sacrée fête quand tu vas rentrer… maroilles et chimay (toujours pour les novices, la bière pas le fromage) à volonté !
    hein……..

    Posté le 2 octobre 2010 à 13 h 26 min | #
  7. Frieda

    Seeeeeehr seeeeehr schön!

    Posté le 10 octobre 2010 à 23 h 50 min | #
  8. Marie

    Je suis la maman de Céline, tu sais, celle qui fait des pâtés et vient piquer les cèpes aux aveyronnais ! Tu m’as reconnue ?
    Pierre, tout ce que l’on peut lire dans tes récits nous fait rêver. C’est digne des plus grands et des plus beaux reportages que j’ai pu voir avec beaucoup d’humour en plus. Merci, il me tarde déjà de lire la suite…. Amitiés

    Posté le 3 novembre 2010 à 14 h 11 min | #

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