6000 kilomètres à travers l’Asie

26 juil 2010

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Départ Moscou, arrivée Oulan-Bator. Avec deux arrêts à Ekaterinbourg puis Irkoutsk. Au total, le voyage aura duré un peu plus de six nuits, à travers l’Oural, la Sibérie et enfin la Mongolie. Un peu plus de 150 heures de train passées à rêvasser devant de riches paysages, ronfler, manger et tenter de discuter avec mes voisins. En savourant un à un les 6000 kilomètres. Pour prendre conscience de l’immensité du voyage.

La traversée de l’Oural, de Moscou à Ekaterinbourg, aura durée deux jours. Je m’imaginais voyager dans une vieux coucou soviétique, mais cette première partie du voyage s’est faite dans une cabine moderne, climatisée et beaucoup plus spacieuse que celle où j’ai roupillé, entre Saint-Pétersbourg et la capitale russe. Je partage ma cabine avec Anton, un jeune russe de l’école de danse de Moscou qui ne parle quasiment pas anglais. D’ailleurs, dans le train, personne ne cause rosebeef. Sur le trajet, on aperçoit de temps à autres un hameau de maisons de bois, éparpillées le long des rails. Certaines sont colorées. Toutes semblent plus ou moins délabrées, bricolées. On ressent la « pauvreté des campagnes russes » dont me parlaient Zhenia et Panas, mes hôtes de ma dernière nuit moscovite. Ce que l’on voit surtout, ce sont des enchaînements de plaines désertiques légèrement vallonnées et de forêts de très hauts bouleaux ou sapins. Et, de temps à autres, un fleuve. Lorsque le train s’arrête, à chaque fois pour une vingtaine de minutes, une foule de marchands se jette à l’entrée des wagons : fruits des bois, saucisses, vodka, bières, cigarettes, kvas… Presque tout se dont « vous avez besoin ». Ou pas. Par exemple, lorsque le transsibérien stoppe sur les quais de Vekovka, où est implantée une usine de verrerie, les habitants proposent des verres gravés, des vases et autres verroteries plus ou moins kitch. Certains frappent même aux fenêtres et tendent d’enormes lustres, au cas où vous ne les auriez pas remarqué. Puis, passé Kazan, la capitale de la république autonome du Tatarstan, on tombe sur Krasnoufimsk une petite gare ou les vendeurs des quais proposent des fruits des bois. Enfin, c’est l’arrivée à Ekaterinbourg pour un premier arrêt de deux jours, 1814 km après Moscou.

Le train quitte la capitale de l’Oural pour… trois jours de transsibérien. C’est tout simplement magnifique. Un « Aubrac géant ». Des prairies pelées à perte de vue ou parsemées de forêts de très hauts sapins avec, par-ci par-là, quelques bouleaux plus ou moins dégarnis. Je m’imaginais trois jours enfermé à l’étroit dans une petite cabine. Bon c’est sûr, c’est pas le Carlton, il fait très lourd et le train a une bonne vingtaine d’années de plus que celui que j’ai pris pour gagner Ekaterinbourg. Mais c’est le VRAI transsibérien, celui que j’imaginais, que je voulais. Je pensais m’ennuyer… impossible. Collé à la fenêtre pour mater les paysages, entre deux siestes, le temps passe vite. De temps à autre on aperçoit une maison, seule dans un lieu improbable, avec le plus proche voisin à  une bonne centaine de kilomètres. Et toutes les trois heures, on croise un train de marchandise, de voyageurs ou, plus exotique, de tanks. Du coup, les conducteurs, heureux, bloquent le klaxon pendant 20 longues secondes. Sans répit la nuit.

Côté communication, toujours aussi galère. Et je peux dire que mimer du papier toilette n’aura pas été la chose la plus glamour que j’aurais faite dans ma vie. Ce qui est sûr, c’est que quelques mots russes massacrés à la française permettent de briser la glace. Notamment avec les provodnitsa. Très majoritairement des femmes, ces hôtesses de train se relaient à deux pour un wagon, de jour comme de nuit. Sauf que contrairement à nos poinçonneurs gaulois, elles sont les big boss du wagon. Outre la vérification des billets, elles distribuent des draps et couverts, entretiennent le samovar (l’eau chaude en libre service), veillent à la propreté des wagons et des sanitaires… Sans oublier de vous réveiller lorsque votre arrêt approche. Alors autant éviter de les contrarier. Du coup, certaines jouent la carte de la séduction, comme ces quatre étudiantes françaises qui ont offerts  un échantillon de parfum parisien à notre provodnitsa, à leur départ. Elles se sont assurées à coup sûr une éternelle gratitude. Moi, sans le moindre produit de beauté, avec mes slips sales et ma brosse à dents,  je ne partais pas favori. Mais j’ai marqué de bons points en demandant une photo. Un portrait qui aura bien pris dix bonnes minutes… Parce que la provodnitsa reste une russe, donc coquette. Et qu’il faut attendre qu’elle se remaquille. Mais du coup, jusqu’à l’arrivée à Irkoutsk, j’aurais eu des petits biscuits. Et toc.

Crevé après l’excellente semaine passée sur les rives du lac Baïkal, je me suis embarqué à 5 heures du mat pour deux jours de transmongolien. La partie la plus dépaysante. Entre les paysages montagnards pelés et, surtout, le « business » mongol. Hormis quelques rares touristes éparpillés dans la loco, tous les passagers semblent se connaître. Et tout le monde à quelque chose à vendre. En quantité. C’est clairement le bordel, mais c’est génial. Des dizaines de kilos de riz, de légumes, de viandes, de boissons ou de vêtements sont entreposés dans le moindre espace libre… ou occupé. Comme une belle vingtaine de poissons fumés, qui auront sécher juste au dessus de ma tête, dans la chaleur de la cabine. A chaque arrêt, les passagers se pressent de descendre pour vendre un max de marchandises. Tandis que d’autres préfèrent la criée, par les fenêtres. Il faut dire qu’à la frontière, un bon paquet de fringues et de nourriture resteront sur les quais. Deux frontières où l’on patientera 3 puis 2 heures. Le temps que les douanes russe puis mongole passent dans le train, embarquent les passeports, fouillent quelque sacs et vous demandent de remplir plusieurs formulaires, en plus des preuves de visas et d’enregistrement que vous avez à fournir.  Alors l’arrivée à Oulan-Bator, au petit matin, est une véritable fête.

>>> Les photos de la Russie, la Mongolie et la Chine.

6 commentaires

  1. Princesse Birmane

    Génial, ce récit. Je sais pas ce qui est le plus drôle : t’imaginer mimer du papier toilette, dormir avec du poisson séché ou prendre en photo une provodnitsa pour l’amadouer et choper des biscuits. Change rien surtout, j’adore!

    Posté le 26 juillet 2010 à 16 h 17 min | #
  2. Chloate

    Merci pour les sons, les odeurs, les gestes, les couleurs … !! La provodnitsa et ces deux hommes dans les herbes hautes. Le danseur russe rêveur et la petite baraque seule sous ce ciel bleu. Le petit Mongol et la ferraille du train.

    Posté le 30 juillet 2010 à 22 h 52 min | #
  3. 200% Bardy

    On s’y croirait! Génial! Et comme « Princesse birmane », j’ai passé dix bonnes minutes à rire en t’imaginant « mimer » du papier toilette… La bise l’ami.

    Posté le 31 juillet 2010 à 9 h 02 min | #
  4. Poooortugal

    Toujours aussi bon Gro, toujours. Franchement, niveau photos, tu m’épates. Faut dire que depuis la fac, j’avais pas admiré tes oeuvres. J’espère que les balades dans les steppes mongoliennes et l’alcool de lait de jument sont à ton goût. Bises

    Posté le 2 août 2010 à 19 h 45 min | #
  5. Bite-en-bois

    Arf ! C’est vrai que le coup du PQ, c’est très bon ! T’as toujours une belle plume dis donc, hé hé. C’est génial ce que tu vis en tout cas. Sauf peut-être la pouascaille en désodorisant d’intérieur, ça je sais pas si j’aurais aimé. Béco.

    Posté le 15 août 2010 à 22 h 52 min | #
  6. Le kid du bocage

    Bon… d’où qu’c'est qu’il est le Pierrot ? Pas de nouvelles depuis le 26 juillet. C’étaient peut-être les vacances pour lui aussi… A moins qu’il ne se soit endormi entre les cuisses d’une belle Mongole à Oulan-Bator. Alors y’aurait de la bière (forte) là-bas aussi ? On attend la suite du pèlerinage du Pierrot World Tour. Petit rappel utile : s’il faut aller te chercher, fais signe… Les gars de Trieux sont déjà prêts !

    Posté le 26 août 2010 à 16 h 30 min | #

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